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TRIBUNE - Premier de la classe : quand l’innovation collégiale du Québec inspire l’Europe

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Pilvi Torsti, Directrice, Fondation européenne pour la formation (ETF), agence décentralisée de l’Union européenne

Elina Pylkkänen, Secrétaire d’État permanente, Ministère finlandais des Affaires économiques et de l’Emploi

La Finlande figure souvent dans les classements internationaux comme un modèle d’excellence en matière d’éducation, mais même les meilleurs systèmes doivent s’adapter aux mutations économiques et technologiques. Aujourd’hui, la Finlande est confrontée au même problème stratégique et structurel que l’Europe dans son ensemble. Les établissements de formation professionnelle (ou « universités de sciences appliquées ») n’évoluent pas assez rapidement pour répondre aux besoins des citoyens, de l’industrie, des PME et des économies régionales.

Les inscriptions dans les filières techniques sont en baisse, les enseignants sont mis à l’épreuve par les nouvelles technologies, et les PME – l’épine dorsale de l’économie dans la plupart des pays développés – peinent à accéder au soutien nécessaire pour innover rapidement, à moindre coût.

A travers l’Union européenne (l’UE), les compétences doivent être mieux alignées sur les réalités du marché du travail, et des réformes s’imposent de toute urgence. Elles permettraient à l’Europe de libérer son potentiel entrepreneurial et renforcer sa compétitivité. C’est ici que les CCTT du Québec offrent un exemple particulièrement éclairant.

Dans le cadre de l’initiative MOSAIC de l’UE (un projet qui vise à mieux articuler l’enseignement professionnel avec les besoins des petites entreprises), la Finlande a organisé en 2025 une mission d’étude au Canada. À la recherche d’un modèle de transformation, la délégation a trouvé dans les CCTT – composantes à part entière des cégeps québécois – une source d’inspiration particulièrement convaincante.

Le rapport qui en a résulté, rendu public ce mois‑ci, met en avant la pertinence de l’approche des CCTT en matière d’innovation appliquée. Souvent jugé au Québec comme manquant de moyens et de financements, le modèle n’en parvient pas moins à relier efficacement l’éducation et l’industrie, en mobilisant directement enseignants et étudiants au service des entreprises pour prototyper, tester, innover et résoudre des problématiques techniques.

Un exemple emblématique est Inovem, un intermédiaire de recherche appliquée et d’innovation au service de l’industrie du bois, implanté à Victoriaville. À l’image d’autres CCTT performants, Inovem incarne une forte intégration au tissu industriel local : les enseignants y développent de nouvelles compétences en travaillant sur des projets concrets, les étudiants apprennent par la pratique, et les entreprises bénéficient de capacités de recherche appliquée et d’un accès au capital humain.

C’est précisément le type de système que l’Europe doit chercher à reproduire. Dans l’ensemble de l’UE, la coopération entre l’éducation et l’industrie reste trop souvent tributaire de financements temporaires et de projets ponctuels. Les initiatives se succèdent, les rapports s’accumulent, les conclusions sont tirées — avant que tout ne reparte de zéro. Pourtant, la direction à prendre est claire.

La Fondation européenne pour la formation (ETF), agence de l’UE qui accompagne près de trente pays voisins dans la réforme de leurs systèmes d’éducation et marchés du travail, observe une constante lorsqu’il s’agit de mener des changements structurels. Les pays qui y réussissent sont ceux où les collèges de formation professionnelle disposent de trois leviers essentiels : un mandat permanent en faveur de l’innovation appliquée, un financement stable lié à la demande économique réelle, et une gouvernance qui associe étroitement éducation, industrie et pouvoirs publics.

De récentes consultations régionales en Finlande, qui ont associé des représentants de l’industrie du bois dans la région de Lahti, ont révélé un constat largement partagé par les PME locales. Les entreprises estiment qu’elles gagneraient beaucoup à pouvoir tester leurs idées en collaborant directement avec des enseignants et des étudiants.

Sur cette base, la Finlande a lancé plusieurs centres pilotes inspirés de l’expérience québécoise, à commencer par l’Université de sciences appliquées Centria, dans l’ouest du pays. Les premiers résultats sont prometteurs et pourraient servir d’inspiration à des réformes plus larges en Europe, qui viseraient à faire des collèges professionnels de véritables moteurs de politique industrielle, de développement des entreprises et de résilience régionale.

Analyser les écosystèmes de compétences au‑delà de nos frontières et s’inspirer de l’expérience des autres n’est pas seulement une bonne pratique. Face à l’ampleur des pénuries de compétences annoncées, c’est une nécessité.

L’UE et les pays voisins disposent chacun de systèmes et d’approches propres en matière d’éducation et de formation, offrant une grande diversité de modèles dans lesquels puiser. Mais des comparaisons plus lointaines ouvrent encore davantage de perspectives d’amélioration. Grâce à des initiatives internationales d’apprentissage entre pairs, fondées sur des bénéfices mutuels, l’éducation peut devenir un moteur de l’innovation dont nous avons cruellement besoin.

Le Canada et l’Europe partagent une même confiance dans la solidité des institutions publiques et les principes démocratiques. Face à une instabilité géopolitique croissante et des ruptures technologiques toujours plus rapides, nos sociétés sont confrontées à des défis similaires. Dans ce contexte, nous devons continuer à nous adapter pour garantir que les individus, comme les entreprises, puissent continuer à prospérer.

En définitive, le système québécois de formation professionnelle nous montre que lorsque les collèges disposent des moyens d’agir, les industries régionales en tirent des bénéfices tangibles. En soutenant cette dynamique, les économies démocratiques renforcent leurs chances de rester compétitives et créatives, tout en préservant les valeurs sociales auxquelles elles sont attachées.

Inspirée par le Canada, la Finlande a déjà entamé ce parcours. L’Europe doit elle aussi s’y engager.

Cette tribune a été publiée dans le quotidien francophone La Presse (Canada) le 25 juin 2026.

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